Le 28 septembre 1994, le ferry « Estonia » sombre dans de mystérieuses circonstances entre Tallinn et Stockholm. 852 personnes trouveront la mort dans ce qui fut la plus grande catastrophe maritime en Europe depuis 1945. Comment un navire moderne a t’il pu disparaitre de la sorte ? C’est la question que beaucoup  de personnes se posent encore de nos jours… malgré une thèse officielle, il subsiste une théorie du complot car il existe de nombreux éléments troublants dans cette affaire… 

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« Un des plus grand ferry jamais construit… »

 Le 18 octobre 1979, la quille d’un nouveau navire est posée aux chantiers de Papenbourg en Allemagne. Il s’agit d’un navire particulièrement gigantesque construit à la demande de la compagnie maritime finlandaise « Viking Lines ». Le 29 juin 1980, un des plus grand ferry-boat jamais construit est baptisé « Viking Sally ». Il mesure 155 mètres de long,24 mètres de large et peut emporter à son bord 2000 passagers et 150 membres d’équipage, ainsi que 460 voitures. Il est propulsé par 4 moteurs Diesel couplés à 4 hélices de 4m de diamètre. Le nouveau fleuron de « Viking Lines » effectue alors des voyages entre Turku, Mariehamn et Stockholm. Après divers changements de propriétaires, le ferry est acquis par la compagnie suédo-estonienne  « Estline ». Le navire est alors renommé « Estonia » afin de symboliser l’indépendance de l’Estonie, acquise lors de la chute de l’URSS en 1991. « l’Estonia » est alors le premier navire à effectuer la liaison Tallinn (Estonie)-Stockholm (Suède), symbole important pour les estoniens.

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« Un défaut de conception important »

 L’Estonia est équipé de trois portes pour le chargement des véhicules dans son garage. Deux d’entres elles sont situées à l’arrière et une est située à l’avant. Les deux portes arrière sont de type « pont-levis » actionnées par des vérins hydrauliques. La porte avant sert d’étrave au navire lorsque celle-ci est fermée. Cette dernière est composées de deux parties : le « casque », c’est-à-dire l’étrave qui se soulève pour permettre aux véhicules d’entrer dans le garage ; et la passerelle, qui est en fait un système de pont-levis fonctionnant sur le même principe que les portes arrières. L’étrave avant est particulièrement sollicitée en cas de mer agitée, et ce phénomène a déjà occasionné de nombreux soucis sur certains ferries qui en sont équipés. Le « Svea Sailer » en 1974, le « Wellamo » en 1975, le « Mariella » en 1985, le « Thor Hollandia » en 1986… Tous ces ferries se sont vu arracher leur étrave par une mer très agitée, mais dans tous les cas, leur rampe de chargement (leur passerelle pont-levis) a tenu le coup ce qui empêcha l’eau d’accéder aux garages. On relève donc un défaut de conception important au sujet de ces navires. Des modifications ont donc eu lieu : premièrement le système de verrouillage des visières a été renforcé sur les ferries de ce type, deuxièmement, tous les nouveau navires à étrave mobile ont été équipés à partir de 1986 d’une double porte à pivotement horizontal derrière la rampe de chargement, afin d’empêcher une éventuelle voie d’eau. Malheureusement, l’Estonia ne bénéficiera pas de cette technologie car construit avant 1986… 

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« La dernière fois que l’Estonia vit la lumière du jour… »

 

Le 27 septembre 1994 à Tallinn, l’équipage de l’Estonia se prépare à une traversée de routine. Le départ est prévu en début de soirée. Vers midi, deux inspecteurs de la marine marchande ainsi que neuf élèves inspecteurs montent à bord du ferry. Celui-ci est la proie à plusieurs défaillances au niveau de sa visière car cette dernière semble en mauvais état. De plus, les mêmes reproches sont faits à la rampe de chargement. Malheureusement, cette visite n’est pas officielle et les inspecteurs ne peuvent annuler le départ du navire.

Vers 17h, les premiers véhicules franchissent la porte du garage et les passagers commencent à embarquer. Bien que la météo ait prévu une forte houle pour la nuit,  les poids lourds ne sont pas arrimés au sol par des chaines. Ce jour là, 802 passagers prennent place à bord, ainsi que 187 membres d’équipage. Le garage contenait alors 30 automobiles et camions, 2 autocars, 4 camping-cars, une caravane et 2 camions militaires. Ce jour là, c’est le capitaine Arvo Andresson, âgé de 40 ans, qui est en charge du navire. Le ferry quitta le port de Tallinn à 19h15. Ce fut la dernière fois que l’Estonia vit la lumière du jour…

Vers 22h, le comandant d’un ferry polonais naviguant près de l’Estonia remarqua que ce dernier avait une vitesse très élevée. L’Estonia avait donc la houle qui frappait très violement son étrave. Ce comportement de la part des officiers de l’Estonia de vouloir naviguer très vite par ce temps paru inconscient au commandant du ferry polonais. L’atmosphère à bord du navire était alors à la fête : Divers spectacles étaient organisés dans les bars du ferry (malgré la houle), les passagers en profitaient pour boire de l’alcool, passer du bon temps… Vers 23h, des bruits métalliques sont entendus par des passagers, bruits suivis de vibrations anormales. La passerelle en est informée par un marin faisant sa ronde dans le garage, mais l’officier de quart ne réduit pas la vitesse. Vers 1h du matin, une violente secousse se fait ressentir partout sur le navire… La visière vient de se rompre, entrainant dans sa chute la rampe de chargement. Plus aucun obstacle n’empêche l’eau d’infiltrer le garage. Une vague frappe de nouveau l’étrave, des tonnes d’eau s’engouffrent dans le ferry, les véhicules se grippent (ils glissent vers tribord)… L’Estonia prend brusquement 35° de gite sur tribord. De nombreux passagers se blessent dans leur chute, et la panique gagne l’ensemble des personnes à bord. Au fil des minutes, le ferry gite de plus en plus ce qui rend quasi impossible la montée des escaliers, la traversée des salles à manger et la mise à l’eau des canots de sauvetage. Parmi les personnes à bord, certaines écrasent les autres pour s’en sortir, d’autres essaient de se sauver tout en essayant d’aider les autres, mais beaucoup se retrouvent comme « pétrifiés »  par la situation. Tout fut si rapide et si inattendu…

Un Mayday fut lancé à 1h22, deux ferries répondirent : « Le Silja Europa » (plus grand ferry de son temps) et le « Mariella ».  Les deux navires s’élancent alors en direction du malheureux ferry…

A 1h35, l’Estonia se couche complètement sur son flanc tribord et commence à se retourner tout en coulant. A 1h48, le ferry disparait des écrans radar… Le naufrage aura duré 43 minutes. Pour ceux qui ont eu la chance de sortir du bateau, l’eau glaciale ne leur laisse qu’une très faible espérance de vie. A 2h12, le « Mariella » arrive sur les lieux du naufrage et recueille les rares survivants. Puis c’est au tour du « Silja Europa » d’arriver sur les lieux suivit d’un hélicoptère parti de Turku. La catastrophe n’aura épargné que 137 personnes sur les 989 présentes à bord cette nuit là…

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Le Mariella                                                      Le Silja Europa


L’enquête officielle :

L’enquête officielle conclura à un accident découlant de plusieurs facteurs : un grave défaut de conception concernant la visière, le mauvais temps, le mauvais entretient du ferry ainsi que la vitesse trop élevé de l’Estonia cette nuit là. A propos des moyens de secours présents sur l’Estonia, ils étaient tout à fait aptes à secourir l’intégralité des passagers et membres d’équipage. Malheureusement bon nombre de ces dispositifs ne purent être utilisés tant le naufrage fut rapide. Le navire était équipé de 10 canots de sauvetage  rigides à moteur ainsi que 63 radeaux pneumatiques à gonflement automatique. Mais de nombreux élément de cette tragédie restent étranges…

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« Une épave interdite… »

L’épave de l’Estonia repose par 74 mètresde profondeur, ce qui est très peu profond (en effet, lorsque la poupe du ferry se posa au fond de la mer Baltique, la proue émergeait encore de la surface !). Cela dit, le gouvernement estonien refusa non seulement de renflouer l’épave, mais aussi de remonter les corps ! On estime que 757 corps reposent encore dans la coque de l’Estonia. De plus, la visite de l’épave est strictement interdite aux plongeurs « touristes »… Mais également aux plongeurs Scientifiques ! A tel point que même les enquêteurs n’ont pas eu accès à celle-ci pendant leurs investigations (cela dit l’aventurier Gregg Bemis plonge malgré l’interdiction sur l’épave en 2000). Seule la visière à été remontée à la surface…

Il a même été question en 1996 de recouvrir l’épave d’une chape de béton pour la cacher à jamais (cela ne fut jamais réalisé)! Tout porte à croire que l’Estonia cache quelque chose de très compromettant dans ses entrailles…

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un canot de sauvetage de l'Estonia

 

« Un important trafic d’armes »

Rappelons que 2 gros  camions militaires ont embarqués sur l’Estonia avant son ultime départ de Tallinn. Il s’est avéré qu’en septembre 1994, le ferry avait été utilisé pour transporter du matériel militaire de l’ex-URSS. Les douanes avaient pour ordre de ne pas fouiller ces mystérieux camions… L’Estonia aurait-il été victime d’une explosion accidentelle du mystérieux chargement qui aurait fait couler le navire ? L’aventurier Gregg Bemis a en effet découvert une brèche dans la coque du ferry causé par une explosion… Mais cela a été contredit par des experts suédois. De plus, un certain nombre de passagers survivants ont entendus juste avant que le navire prenne 35°  de gite une série de 3 explosions… Le mystère reste entier…

 

« Mais où est donc passé le capitaine Piht ? »

Il y avait deux capitaines à bord de l’Estonia la nuit du naufrage. Arvo Andresson était en fonction, tandis qu’Avo Piht était en repos et voyageait en tant que simple passager. Ce dernier devait  prendre le commandement de l’Estonia pour une prochaine traversée. Il faut savoir qu’aucun des officiers de pont n’a survécu au naufrage pour témoigner. Pendant le naufrage, Avo Piht aida les passagers à enfiler leurs gilets de sauvetage puis il les aida à évacuer. D’après les survivant, il fut parmi les sauvés et inscrit sur la liste des survivants. De plus, la femme de ce dernier dit avoir eu un contact avec lui après le drame. Mais Avo Piht disparut mystérieusement de la circulation après le naufrage, et fut considéré comme décédé au cours de la catastrophe. Cependant, Interpole continu de chercher cet homme, qui étant le plus « gradé » des survivants, pourrait bien savoir quelque chose d’intéressant sur la catastrophe, sauf si celui-ci a été éliminé après été repêché des eaux… 8 autres survivants ont été portés disparus après le drame, dont l'ingénieur en chef de l'Estonia. Parmi ces 9 victimes, le corps d'une d'entre elles a été retrouvé sur les cotes finlandaises: l'autopsy déterminera qu'il s'agit d'un meurtre...

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Le capitaine Arvo Andresson                           Le capitaine Avo Piht

 

Cette tragédie est sans doute une des plus mystérieuses de tous les temps, et il n’est pas impossible que nous ne sachions jamais ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit du 27 au 28 septembre 1994… Mais une chose est sûre : il s’est passé quelque chose de terrifiant cette nuit là et 852 personnes y ont perdu la vie, et plusieurs milliers de personnes ont vu leur existence bouleversée à cause de cette tragédie.

 

 A night to remember…

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